Lee Scratch Perry

Lee Scratch Perry
Extrait d'une interview accordée par le grand producteur Lee Scratch Perry au magazine musical anglais The Wire en mai 1995 alors qu'il faisait un bref passage à Londres :

"Je suis un rebel. Je suis un révolutionnaire. Je me bat pour les gens pauvres. En fait, je suis une sorte de Robin des Bois. J'adore ça. Je suis Robin des Bois ! Croyez-le ou pas, je le suis. Vous vous demandez qui m'a envoyé ? Je vous répondrai : je me suis envoyé moi-même. (...) Pourquoi Dieu cacherait son cerveau pour un vieil homme stupide comme moi ? Dieu ne peut pas prendre un cerveau pourri, Dieu se doit de prendre un cerveau parfait pour fabriquer une pluie parfaite. Une brise parfaite pour des arbres parfaits afin de créer des hommes avec des genoux parfaits pour danser. Heeeuuuuggggh ! (il fait le bruit d'un rhinocéros en guise d'approbation). (...)La musique gouverne tout le monde, tous les c½urs. La musique remplace les sentiments et les pensées, la chair et le sang, l'esprit, le corps et l'âme. La musique a fait ça. D'un point de vue télépathique, on n'a pas voulu ça alors Dieu a dit « ok, écoutez-moi, je suis dans la musique ». Alors il va directement dans l'hémisphère droit de votre cerveau et entre dans votre corps et vit avec vous. La musique est la seule bienfaitrice de l'univers et n'a pas à être comme ci ou comme ça. Ce n'est pas du christianisme. Une confrérie, une fraternité et l'amour. Nous ne voulons pas avoir affaire à la haine. Nous considérons la haine comme un terrible ennemi alors nous essayons de la sanctionner et faisons en sorte qu'elle soit inexistante. Vous devez être inflexible, 135 % vigoureux afin de préparer 134 000 saints pour Dieu. (...) Je crois aux esprits, je crois à l'invisible, je crois au visible."

Fidèle à sa folie et sa schizophrénie légendaire, le jamaïcain répondait alors à de sérieuses questions posées par notre confrère Kevin Martin quant à sa manière de procéder avec les samples et les instruments, les mix et les platines. En guise de réponse, on le voit, ce fut un capharnaüm de phrases sans queue ni tête, un enchaînements de galimatias qui semble sortir tout droit d'un Speak & Spell cassé ! Pourtant, si on enlevait Lee Perry de l'histoire du reggae ou si l'on essayait un temps soit peu de "réajuster" ses mots ou sa logique, il est à craindre que le reggae et la Jamaïque en pâtiraient pour de bon. Car la folie de Perry c'est son génie et son génie sa folie. Il est précisément ce par quoi le reggae a pu se renouveler et s'ouvrir à d'autres sources d'inspirations (électronique, ciné) tout en introduisant l'humour chez les rastas (à l'instar de Big Youth ou U Roy) et une théâtralité certaine.

Ca commence par des embrouilles. Chez les rastas c'est une chose banale. On se souvient du différent qui opposa Peter Tosh à Bob Marley par exemple ou encore la brouille de Prince Buster et de Derrick Morgan à l'orée de l'indépendance de la Jamaïque (1962). Les exemples sont nombreux. Ici, l'embrouille concerne Lee Perry et le producteur Coxsone (Studio One). Après 30 titres enregistrés dans le studio du célèbre producteur et avant qu'il ne devienne l'un des maîtres incontestés du dub, Perry quitte Studio One en claquant la porte (histoire d'argent dit-on). Il se retrouve chez le non moins célèbre Joe Gibbs, docteur es rocksteady et producteur entre autre des Heptones. Après quelques enregistrement pour Gibbs, Perry "re-claque" la porte et décide une bonne fois pour toute de monter son propre label. Nous sommes en 68 et le label s'appellera Upsetter (qu'on ne confondra pas avec son groupe The Upsetters). On sent que Rainford Hugh Perry est fait pour ça : produire, diriger et superviser. En 1969, il enregistre The Upsetter avec son groupe les Upsetters (il s'agit de bien rester concentré quant à la place du "s") composé dans leur formation d'origine de Jackie Jackson à la basse, Hugh Malcolm à la batterie, Hux Brown à la guitare et Winston Wright à l'orgue(c'est à dire avant que les frères Barrett soient de la partie). Pour la petite histoire, les musiciens qui accompagnaient Little Richard portaient aussi le nom de Upsetters, les "choquants", les "renversants".

En 70, Perry enregistre Soul Rebels de Marley avec les Wailers et en 71 Soul Revolution. Deux albums, deux perles. Et puis, pêle-mêle, l'album Return Of The Super Ape (1978) mixé dans les studios de sa nouvelle boîte Black Ark, The Return of Pipecock Jackxon en 1980 chez Black Star Liner ou encore l'incontournable King Tubby Meets The Upsetters en 1975. La liste est longue et infinie et il faudrait au moins 1 Go pour que ça tienne !

Quoiqu'il en soit, ce n'est pas tant sa production incroyable qui en fait un personnage à part dans le reggae mais bien le fait que par lui et grâce à lui, le dub va naître et acquérir ses lettres de noblesses. Prenant des samples de musique de film qu'il mélange à des " mix d'anciens mix remixés", des morceaux de phrases qu'il marie à des logorrhées surréalistes genre "I am the creator, I am the Lord, I am the sun and I am the darkness", des lignes de basses incroyables et des réverb géniales, des scratch d'enfer et des écho mystiques et inusitées, Perry fabrique un dub qu'on pourrait volontiers qualifier de "science-fiction dub" ou de "galaxian reggae" ! Pour l'heure, son travail est grandement apprécié par les musicos anglais (et on pense ici aux productions On-U-Sound d'Adrian Sherwood ou encore à certains artistes de Ninja Tune),par de nombreux Dj de la scène house et tek ou encore par Massive Attack. C'est dingue comme parfois la folie peut être productive et récalcitrante !

# Posté le mercredi 17 décembre 2008 15:43

Bob Marley

Bob Marley
Qui était vraiment Bob Marley ? Devenu un mythe, une légende, une icône pour plusieurs générations de jeunes, il est difficile de savoir qui pouvait vraiment être celui qui réussi l'exploit de populariser la musique reggae et de la faire aimer au-delà des races et des conditions sociales.
On oublie souvent en effet que Bob Marley est la première, et peut-être la seule jusqu'à présent, superstar originaire d'un pays du tiers-monde et que ce seul tour de force, même sans parler de musique, a bouleversé durablement l'ordre social et politique, changeant l'état d'esprit de millions de gens à travers le monde, qu'ils apprécient le reggae ou pas.

C'est à Saint-Anne, en Jamaïque, que naît Robert Nesta Marley, le 6 février 1945. Sa mère était une jeune noire et son père, un officier blanc de la marine. De ce père qui lui lègue un métissage difficile à assumer, il ne garde pas grand chose d'autre car il disparaît à peu près aussitôt après avoir achevé sa « mission ». La vie est dure à Saint-Anne, le travail est rare et comme de nombreux jeunes, Bob part pour Kingston afin de tenter sa chance. Là, il rencontre deux autres jeunes passionnés, comme lui, de ska, la musique qui fait fureur sur l'île à la fin des années 50. Il s'agit de Bunny Livingstone et de William Hubert Mackintosh (qui deviendront par la suite Bunny Wailer et Peter Tosh) avec qui il chante pour le plaisir.
Dès 1961 pourtant, Bob Marley n'a alors que 16 ans, il commence à enregistrer des titres pour essayer de vivre de sa musique. Ce n'est pas un succès mais il récidive très vite, trois ans plus tard, et forme le groupe les Wailers avec ses deux camarades. Les Wailers vont travailler avec Leslie Kong et Lee Scratch Perry, alignant les tubes comme « Simmer Down » ou « Dancing Shoes ». Leur musique, néanmoins, ne sort pas des ondes jamaïquaines, ce qui leur permet à peine de vivre.

Bob Marley et les Wailers auraient pu continuer longtemps à avoir le succès local de simili-rockers blacks si une rencontre déterminante entre Bob et la philosophie rastafari, en la personne de Vernon Carrington, fondateur de l'Eglise des 12 Tribus d'Israël, n'avait été le point de départ d'une quête musicale et spirituelle qui prit des allures de révélation. Bob Marley et les Wailers véhiculent toute une philosophie, un mode de vie et une foi profonde. Le reggae devient l'hymne idéal, il se répand dans l'île comme une traînée de poudre, refusant l'inégalité raciale, prêchant la paix et la compassion. Cette musique déplaît au pouvoir en place, qu'importe, les Wailers partent travailler pour un temps en Angleterre.

C'est en 1971, en Angleterre justement, alors que le groupe s'étiole littéralement que Bob décide de donner un coup de pouce au destin en allant proposer leur musique au producteur Chris Blackwell, chez Island Records. Ce sera le début d'une collaboration fructueuse, longue de 10 ans. Leur premier album, « Catch-A-Fire », annonce le début du succès publique et commercial du groupe, mettant en avant les idées militantes et les thématiques récurrentes qui resteront jusqu'au bout le credo de Bob Marley : paix, unité, justice, lutte contre la pauvreté et indépendance des peuples africains opprimés. Tout cela ne serait rien sans l'impact rythmique et les tubes somptueux qui servent cette idéologie. Dès le 2ème album sorti en 1973, « Burnin », les classiques comme « Get Up Stand Up » ou « I shot the Sheriff » deviennent justement des tubes planétaires qui aujourd'hui encore n'ont pas pris une ride. Il en sera de même pour « No Woman No Cry » sur « Natty Dread » sorti l'année suivante.
Comme beaucoup de personnalités charismatiques (John Lennon en tête), Bob Marley sera victime d'une tentative d'assassinat en 1976, date de la sortie de l'album « Rastaman Vibration », on attribut même l'attentat à des tueurs proches de la CIA. Légende ou réalité, il s'en sort avec plusieurs balles dans le corps mais indemne. Ce n'est pas la folie humaine qui le tuera, déjà la maladie le ronge. Bob apprend qu'il est atteint d'un cancer et qu'il n'en n'a probablement plus que pour quelques années à vivre aussi enchaîne t-il les albums jusqu'en 1980 dont le formidable « Exodus » en 1977 et le plus décrié « Uprising ». "Uprising" est une sorte de chant du cygne où se loge tout de même la pépite « Could you be loved » dont le rythme entraînant, dansant, marque à jamais la mémoire du « rock », bien qu'il s'agisse encore et toujours de reggae.

Bob Marley s'éteint en 1981, rattrapé par la maladie, au cours d'une escale, alors qu'il tentait de rentrer en Jamaïque pour y mourir. Il n'a que 36 ans et ses funérailles, entre foire d'empoigne et dévotion populaire annoncent le début du mythe. « A partir de maintenant, les prophéties vont s'accomplir », ce sont ses propres mots...










# Posté le mercredi 17 décembre 2008 15:28

Modifié le mercredi 17 décembre 2008 15:51

max romeo

max romeo
Hormis le fait qu'il est inconcevable pour tout amateur de reggae de ne pas posséder l'album War Ina Babylon dans sa discothèque, hormis le fait que la production de Max Roméo est assez importante (avec les inévitables apports d'Augustus Pablo, de Robbie Shakespeare et de Sly Dunbar) et qu'elle embrasse une grosse partie de la musique jamaïcaine des années 70, ce qui fait le petit « plus » de ce magnifique chanteur rasta est peut-être son instabilité : d'un disque à l'autre, Max passe d'un label à un autre puis revient sur un autre label quand ce n'est pas le sien. En 1999, il est avec le label Blood & Fire pour son Open the Iron Gate, en 1976 il est chez Island Records pour son War Ina Babylon, en 1978 il s'auto produit pour l'album Reconstruction, en 1972 pour Let the Power Fall il signe chez Dynamic Sounds, etc. Max Romeo n'est jamais à sa place tout simplement parce qu'il ne tient pas en place. Il faut dire que Maxwell Livingston Smith a eu la bougeotte très tôt, ce qui est tout à fait compréhensible quand tu sais qu'il était jusqu'à l'âge de 18 ans, employé dans une plantation de canne à sucre où il avait à charge le nettoyage des déchets et le système d'irrigation. Rajoute à cela qu'il a déjà fugué à l'âge de 14 ans en quittant un milieu évangéliste qui lui en a fait voir des vertes et des pas mûres (surtout des pas mûres). C'est bien connu, quand on a un mauvais travail on se met à rêver et quand on se met à rêver on se sauve. Cet échappatoire il va le trouver grâce à un concours de chant qui va le conduire à la grande ville : Kingston. Là-bas, il change de nom ( image-t-on un Maxwell draguer une Juliette ?) et après quelques tentatives avortées via The Emotions, enregistre en 1969 son premier gros hit, « Wet Dream » (rêve trempé). Le texte salace fait mouche en Jamaïque et « vague rasta » oblige, Max Roméo se fait pousser les dreads, se met à manger végétarien, parle d'indépendance de l'île et de retour à Zion. Surtout il s'acoquine avec le père Lee Perry qui prend en main le War Ina Babylon, disque summum dans la carrière de Romeo. Pour cet album, Perry lui « prête » ses musiciens, les fameux Upsetters et lance Romeo sur la voie du succès. De « One Step Forward » à « Chase de Devil » (que les Prodigy reprendront en 92 sous le titre « Out of Space » en plein période « raves »), de « War Ina Babylon » à « Stealing in the Name of Jah » tout est bon dans cet album de 76 qui coïncide avec la fin de la politique socialiste de Michael Manley (People National Party) pour laquelle Romeo a joué un rôle essentielle. En 1978, la situation se dégrade sur l'île et Max Roméo (comme beaucoup de musiciens de l'époque) est contraint de partir aux Etats-Unis. Bien décidé à peaufiner sa carrière là-bas, il se lie d'amitié avec les Rolling Stones et collabore même à leur album de 1980, Emotional Rescue. Retour d'ascenseur, Keith Richard participera à l'album de Romeo " Holding Out my Love to You" (1981). Malheureusement, Romeo n'a pas le succès escompté. Il faudra attendre l'année 2000, pour revoir Romeo en pleine forme avec son "In This Time". One step forward !

# Posté le mercredi 17 décembre 2008 15:55

Peter Tosh

Peter Tosh
Peter Tosh, de son vrai nom Winston Hubert McInstosh est né le 9 octobre 1944 à Kingston en Jamaïque. C'est à la fin des années 60 et alors que le rock steady continue à bercer l'île que Peter Tosh rencontre Bob Marley et Bunny Wailer. A eux trois, ils vont former les fameux Wailers et en 64 explosent les charts avec leur titre « Simmer Down » (que Bob Marley reprendra plus tard durant sa carrière solo). L'époque n'est pas encore aux dread et au tennis, encore moins aux joints et aux shiloms qu'on se passe sous les cocotiers. Au contraire, l'époque reste plutôt « classieuse » et très fifties (même si on est dans les années 60). Vu le succès, les Wailers récidivent et sortent « 400 Years » et « Soul Rebel » (là encore, des titres que Marley fera siens dans ses albums). En 1972, les Wailers sortent enfin leur premier album « Catch A Fire » dont la pochette sera retravaillée et estampillée « Bob Marley & The Wailers » avec cette fameuse photo de Bob en train de fumer de la ganja, défiant le monde de son regard qui voit déjà d'autres horizons. Il s'agit donc du premier album de Bob Marley mais aussi du premier album de Peter Tosh et on revient à la question première. Cependant, c'est en 1974 que Peter Tosh se détache de ce socle fondateur. Ayant perdu sa petite amie à la suite d'un accident de voiture survenu un an plus tôt, Tosh va devenir amer, renfermé sur lui-même, jalousant la gloire ascensionnelle de son ami Bob Marley qui est resté avec les autres musiciens des Wailers et qui ne tardera pas à s'adjoindre les services des I Threes. Pendant deux ans, Peter Tosh va entrer dans un "auto-exil", contemplant sa solitude du haut de lui-même. Il voit la violence défigurer les rues de Kingston. Il voit la pauvreté et l'ancien colonialisme anglais survivre dans les bidonvilles. Il voit la mer perdre de son intensité et entend le bruit du ressac s'éteindre toujours un peu plus. Il voit le ciel se saturer d'avions et les autoroutes enlacer les plages. Bob Marley parle de paix, de « one love, one destiny », de « Jah live » mais lui, Peter Tosh, pourtant profondément rasta, décode le monde à travers une amertume corrosive et sans compromis. En 1976, il sort de sa retraite : ce sera l'album Legalize It, véritable brûlot contre les institutions, hymne à la liberté individuelle, invitation à rester soit-même loin du troupeau, seul(e), envers et contre tous. Les titres de cette « braise » parlent d'eux-mêmes : « Legalize It », « No Sympathy », « Why Must I Cry ». Mieux que de la bombe, ce premier album est une « écharde explosive » de la taille d'une aiguille. Est-ce un hasard si on surnommera Peter Tosh, Stepping Razor (rasoir à plusieurs lames) après son deuxième album Equal Rights en 77 ? Là encore, ce dernier est une merveille du roots rock reggae et on sent que Jah y a mis beaucoup de bonne vibes. En 1978, et alors que l'Ethiopie lance son attaque contre l'Erythrée, Peter Tosh sort Bush Doctor sous le regard complice d'un certain Mick Jagger qui s'est pris d'affection pour lui et avec qui il enregistre d'ailleurs un titre, « Don't Look Back ». Dans cet album, « Pick Myself Up » explose aux tympans comme une décharge d'évidences, comme l'un des credos du rastafarisme et du « I and I » à l'instar de « Natural Mystic » de Marley ou encore du « Jah No Dead » de Burning Spear (le titre figure sur la bande originale du film "Rockers"). Et c'est en se « prenant lui-même en main pour s'élever toujours un peu plus haut » que Tosh sortira en 79 Mystic Man et en 81 « Wanted Dread and Alive ». Malheureusement, le 11 septembre 1987, des cambrioleurs pénètrent chez lui par effraction et l'assassine. Pourtant, comme Marley, Tosh était rasta et chantait la paix et l'harmonie. Comme Marley il avait un esprit de warrior, véritable « Lion of Judas » partant en guerre contre les préjugés et l'injustice. Comme Marley, Tosh parlait à l'horizon et l'horizon lui répondait, quand ce n'était pas les étoiles. Comme Marley, Tosh était un "train en marche" qu'il fallait attraper pour être sûr(e) de ne pas rester dans l'illusion d'un voyage. Comme Marley, il a été connu et reconnu, aimé et haït. Juste une petite différence...là où Marley soignait les plaies et mettait des pansements au c½ur, Peter Tosh, lui, les rouvrait à coup de lames...

# Posté le mercredi 17 décembre 2008 16:22

Horace Andy

Horace Andy
Il y a deux choses qui pourraient éventuellement caractériser ce grand lover du reggae : sa voix très haut perchée et sa longévité. Né en 1951 à Kingston, Horace Andy (de son vrai nom Horace Hinds) enregistre ses premiers titres en 1967, à la belle époque du rock steady. Ce sera d'ailleurs son idolâtrie pour le chanteur Delroy Wilson qui l'empêchera de percer : « j'avais une voix, dira-t-il, mais je ne savais pas comment m'en servir ». Il faudra attendre son entrée dans l'écurie Studio One de Sir Coxsone au début des années 70 pour voir arriver un début de reconnaissance, avec nottament le titre « Skylarking ». Très vite, beaucoup de producteurs vont s'intéresser à lui et il participera à de nombreuses collaborations, notamment avec Augustus Pablo et Derrick Harriot (celui qui avait toujours une afro sur la tête). Malheureusement, avec les violences qui traversent l'île au milieu de ces années-là, Horace est contraint d'abandonner son île (même s'il y reviendra de temps à autre). Il part vivre aux Etats-Unis. C'est là-bas qu'il enregistrera son très beau disque In the Light (1979). Ensuite, arrive la période néfaste pour le reggae, les années 80. Comme beaucoup (Sly&Robbie, Black Uhuru, Burning Spear, etc), le digital et l'électronique viennent pertuber le côté mystique et spirituel des rasta. En 90, Horace (qui n'avait pas vraiment quitté la musique) revient en pleine lumière en compagnie de Massive Attack. A 55 ans, Horace Andy est toujours là et ce n'est pas demain la veille que Sleepy (comme on le surnomme) s'endormira...

# Posté le mercredi 17 décembre 2008 16:31